J’étais très proche de ma grand-mère maternelle. Passé la cinquantaine, on lui a diagnostiqué un diabète de type 2.
Elle cuisinait tout elle-même, avec de bons produits. Quelques kilos en trop, rien de plus. Une génération qui ne faisait pas de sport, et personne autour d’elle pour lui expliquer ce qu’on sait aujourd’hui. Moi, j’étais une enfant. Je ne comprenais pas grand-chose.
Vers 20 ans, je suis tombée dans la santé. Pour un de ses anniversaires, je lui ai offert un livre qui expliquait qu’on pouvait mettre un diabète de type 2 en rémission. À l’époque, l’idée faisait lever les yeux au ciel à beaucoup de médecins. Moi, je l’avais lu, j’y croyais dur comme fer. Dans ma tête, je lui offrais une porte de sortie.
Elle a ouvert le paquet. Elle a lu le titre. Elle avait les larmes aux yeux.
Sur le moment, j’ai cru au soulagement. Il m’a fallu des années pour comprendre ces larmes.
Elle se piquait à l’insuline tous les jours. Elle surveillait chaque bouchée, sans jamais se sentir vraiment bien. Sa diététicienne lui donnait des conseils d’une autre époque. Et sa petite-fille de 20 ans arrivait avec un livre qui disait : tu pourrais t’en sortir. Je crois qu’elle était touchée que je veuille l’aider. Et triste, parce que pour elle, c’était impossible.
Plus tard, ses reins ont été touchés. Elle est partie à 85 ans.
Quelques années après ce livre, j’ai étudié la glycémie à l’université, pendant mon master en nutrition et santé humaine. On commençait tout juste à voir la santé comme un état d’épanouissement, plus seulement comme l’absence de maladie. Les cours, eux, parlaient encore surtout de carences et de maladies. La glycémie, c’était le diabète, l’insuline, les médicaments. Personne ne parlait des pics chez les gens en bonne santé, ni de ce que des pics répétés font à tes autres hormones, à ta peau, à ton sommeil.
Pendant ce temps, je faisais comme tout le monde. À 24 ans, en stage aux États-Unis, je buvais des smoothies et des lattes au lait d’avoine. Puis, pendant ma formation de professeure de yoga à Bali, c’était l’âge d’or du bol d’açaï, avec son granola. Très sucré, même sans sucre ajouté. Presque pas de protéines, très peu de gras. Et après chaque bol, j’étais fatiguée, sans comprendre pourquoi. On était persuadées de faire quelque chose de sain. On avait surtout inventé le dessert de 8 h.
C’est plus tard, en m’intéressant à l’équilibre hormonal et à la santé des femmes, que j’ai commencé à tester sur moi. Plus de protéines, plus de bon gras. Puis j’ai découvert Jessie Inchauspé, la Glucose Goddess, qui a rendu tout ça visible et populaire. Et j’ai porté un capteur de glucose, plusieurs fois, pour voir ce que mon corps faisait vraiment de ce que je mangeais.
C’est là que j’ai compris. Même sans diabète, même avec de bonnes analyses, une glycémie stable change beaucoup plus de choses que je ne le pensais : mon humeur, ma peau, mon sommeil, mon poids, mon énergie à 15 h.
Il y a deux semaines, dans l’article gratuit sur la glycémie, je t’ai expliqué le pourquoi. Aujourd’hui, le comment : ma journée, du réveil au coucher, ce que je conseille, ce que mon capteur m’a appris. Et à la fin, ce que je sais aujourd’hui du diabète de type 2 que j’aurais aimé pouvoir dire à ma grand-mère.
Le rappel en 30 secondes
Quand tu manges des glucides, ta glycémie monte, puis ton insuline la fait redescendre. C’est normal, et un pic isolé ne pose aucun problème : ton corps est fait pour ça.
Ce qui compte, c’est la répétition. Les pics fréquents, jour après jour, sont ceux qu’on associe au stress des vaisseaux, à l’inflammation et, avec le temps, à une insuline qui reste haute. Et même un seul pic peut te coûter ta fin de journée : ce qui monte vite redescend souvent trop bas. Dans l’étude sur la faim dont je t’ai parlé, ce qui annonçait le mieux la fringale, c’était la chute sous le niveau de départ, deux à trois heures après le repas (Wyatt et coll., Nature Metabolism, 2021).
Un pic, c’est la vie. Des pics tous les jours, c’est un mode de fonctionnement.
Dans la suite : l’ordre dans lequel je m’y prendrais à ta place, mes trois petits-déjeuners à 25 g de protéines, ma journée du réveil au coucher, huit ingrédients classés selon les preuves. Et quatre choses que tu ne trouveras pas ailleurs :
Mes spaghetti au saumon, 120 g de glucides, ont donné mon pic le plus bas. Un simple porridge à la banane, deux fois moins de glucides, est monté presque deux points plus haut. L’explication tient dans la forme de l’amidon.
Un muscle de la taille d’une main a réduit de moitié la montée du glucose dans une étude. Sans quitter sa chaise. Je te montre le mouvement.
Mon dîner de sushis : 11,1 mmol/L, puis une chute à 3,7 vers minuit. Un autre soir, le même dîner, avec un seul changement : un ingrédient pris juste avant de manger (et non, ce n’est pas le vinaigre). Pic à 7,4, et plus de chute. Je te dis lequel, et pourquoi, pris dix minutes trop tôt, il perd la moitié de son effet.
Ce que j’aurais aimé dire à ma grand-mère sur le diabète de type 2. Et ce que je pense vraiment des GLP-1, comme l’Ozempic.



